A chaque étape de la vie, on entend toujours des commentaires : un peu trop timide alors ne participe pas assez, un peu trop guindée alors n’est pas très invitée, un peu trop sérieuse alors pas assez intéressante. Et puis même si le monde ne dit rien, on le fait à sa place. Je suis pas assez sportive, pas assez performante, pas assez mince, pas assez drôle ou spontanée alors que je suis beaucoup d’autres choses aussi. Si je ne suis pas tout ça, alors je suis aussi autre chose qui reste à déterminer. Mais c’est toujours plus facile de dire ce qu’on n’aime pas des autres, de soi que ce qu’on aime. Et même si nous souhaitons changer, se réinventer, évoluer, on est sous un plafond de verre où tout doit aller si rapidement. On doit arriver à optimiser notre temps, nos déplacements quotidien, le temps de réponse à un mail, tout est prétexte à optimiser que tout devient aseptisé. On n’en perd le pourquoi et le comment. Comment traverser cette vie folle sans se perdre, profiter de chaque moment sans en analyser constamment le mauvais, sans vouloir tenter de changer forcément tout ce qui est. L’imparfait est peut-être aussi parfait. C’est fatiguant de n’être pas assez ou trop peu, alors qu’on pourrait être juste notre propre héros ? Sans devoir être le héros d’une famille, d’une discipline, d’une communauté ou du monde. Je veux réussir à voir la beauté du moindre instant ou de la moindre chose, ressentir plus de douceur dans un monde où tout me paraît brutalité.